Keeper – De la lumière dans les ténèbres

Keeper – De la lumière dans les ténèbres

Fortement influencé par la pandémie du Covid-19, Lee Petty s’est questionné sur l’avenir de la faune et comment le mycélium permet à la fois de communiquer et d’échanger des nutriments. C’est ainsi que l’idée d’une île isolée, sans plus aucun humain, a germé : quel type d’évolution pourrait-elle abriter ? Quelle connexion pourrait-il y avoir entre les êtres vivants qui la peuplent ? Développé par Double Fine Productions (Brütal Legend, Broken Age, Stacking, RAD, Autonomous…), le studio de Tim Schafer, et publié par Xbox Game Studios, Keeper est un jeu d’aventure puzzle atmosphérique qui prend place dans un univers fantastique et onirique à la direction artistique bien trempée et sans aucune parole. Pour reprendre les mots de Lee Petty lui-même, cela débouche sur un style de jeu « Bizarre, mais cool ».     

Une île en déclin

Un vol d’oiseaux marins fuit devant une masse sombre empreinte de corruption, l’un d’entre eux est touché et pique vers une île isolée au milieu de l’océan. Trouvant refuge sur un phare abandonné depuis des lustres, il est sauvé de son assaillant par la lumière retrouvée de ce vieux gardien des côtes. Prenant vie au pied de la montagne qui surplombe ce petit morceau de terre, le phare commence par s’agiter de gauche à droite avant de se briser et de s’écraser au sol. C’est alors que, par magie, des pattes arachnides viennent se greffer à sa base et lui permettre ainsi de se redresser puis de se mouvoir, du moins d’essayer, car les premiers pas sont difficiles et les chutes nombreuses. Mais, petit à petit, il trouve son équilibre et parvient à se déplacer sans trop de difficulté, une fois habitué à sa nouvelle condition.

Sans savoir où aller, ni comment, il entreprend alors de rejoindre le centre de l’île où trône la montagne, tout en écrasant sur son passage les ruines de l’ancienne humanité qui a dû peupler les lieux par le passé. Le danger est ici omniprésent, et la corruption tente d’entraver toute forme de vie, mais l’œil lumineux du phare est en mesure de repousser les ténèbres et de refaire naître ce qui a cessé d’exister. Accompagné de son nouvel ami Brindille qui ne le quitte plus, sauf quand le destin les sépare, il va alors se lancer dans une aventure fantasmagorique, croisant en cours de route diverses créatures toutes plus étranges les unes que les autres, que ce soit le long des corniches, dans les cavernes aux tunnels sombres, à travers les temples, les sanctuaires, les cimetières, ou encore les arbres, leurs racines et j’en passe…

Que la lumière soit

Dénué de tout dialogue, Keeper n’est pas plus prolixe en explications. On ne sait pas vraiment quel but on poursuit, ni où on cherche vraiment à aller. Heureusement, la route est tout de même bien balisée et, à part quelques chemins de traverse à explorer pour dénicher des monuments à restaurer qui servent de collectiblesObjet d'inventaire devant être collectionné., ou profiter d’un panorama grandiose du haut d’un promontoire, l’épopée ne nous laisse guère de choix sur la direction à prendre. Même s’il fait la part belle à l’expérimentation et à la curiosité, le titre sait ce qu’il souhaite que nous fassions et ne nous laisse guère d’opportunités de faire autre chose. Mais il s’agit-là de la volonté bien marquée de nous faire vivre une aventure surréaliste, parfois même psychédélique, à la fois étrange et relaxante. D’ailleurs, point de notion d’échec ou de mort ici. Chacun ressentira ce qu’il veut et interprètera à sa façon les nombreux symbolismes qui façonnent le jeu.

C’est donc aux commandes du Phare que nous évoluons à travers les différents environnements, en direction du sommet de la montagne. On peut diriger ses pas, mais aussi son faisceau lumineux, bien sûr, afin de faire disparaitre la corruption et se créer des passages pour pouvoir avancer, ou simplement pour chasser les forces obscures qui craignent la lumière. On peut même concentrer cette dernière pour la rendre encore plus puissante. Il est également capable de gravir de petites marches, ou de prendre un peu d’élan pour briser une entrave placée au milieu du chemin. Et nous ne sommes pas seuls. Les créatures qui rendent le monde vivant viendront parfois nous prêter main forte, d’autres phares pourront fournir de la lumière pour nous assister, et Brindille peut bien entendu être mise à contribution pour déplacer ou récupérer un objet, secouer, picorer ou tourner une manivelle afin d’activer des mécanismes…

Une brindille au cœur de l’océan

Keeper reste avant tout un jeu atmosphérique où l’on s’empreint de son extraordinaire univers à travers l’exploration, mais il a aussi un petit aspect de plateforme et surtout de puzzle game. Il offre en effet nombre d’énigmes à résoudre à chaque étape. Sans être trop difficiles, elles nécessitent tout de même parfois de chercher un peu. Il s’agit bien souvent de réparer des mécanismes défaillants, dans le but, en général, de dégager le passage qui permettra d’accéder à la suite de l’histoire. Il y a par exemple un système de jour/nuit où l’on peut alterner entre les deux états afin d’exploiter tour à tour les éléments de l’environnement qui s’en trouvent modifiés. Une dimension fantomatique permet aussi de jouer les passe-murailles. C’est quelques fois labyrinthique et il faut alors savoir se repérer pour s’en sortir. L’ensemble est bien conçu et fonctionne à merveille tout au long des 5 à 6 heures qu’il faut pour traverser les 39 chapitres du titre.

Le gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo. est original et sait se renouveler régulièrement et efficacement, avec l’exploitation du pollen pour pouvoir sauter, voler et planer, mais surtout à travers un phénomène de métamorphose que l’on se gardera bien de détailler afin de vous préserver la surprise. Il n’empêche que cela introduit des phases en bateau, en skate, en roue enflammée ou encore en cheval ailé… tout un programme qui explose sur la fin du jeu dans un final remplit de créativité où l’on se sent de plus en plus puissant, le tout enrobé de psychédélisme organique jubilatoire et spectaculaire. Et si le moteur physique du soft permet de belles animations, c’est avant tout son univers féérique et fantastique, à la fois coloré et lugubre, que l’on retiendra. La direction artistique est magnifique et offre de splendides visuels qui semblent tirés de tableaux que Salvador Dali ou Max Ernst ne renieraient sans doute pas, avec des créatures telles que des escargots géants, des « phasmes » volants, des tortues-herbier, des bigorneaux-coraux… et des pierres sur pattes. Un petit avertissement est d’ailleurs donné au début du jeu pour prévenir des risques d’arachnophobie.

L’inspiration a également été puisée dans des films comme The Dark Crystal et Nausicaä of the Valley of the Wind. C’est étrange et magistral, même si pour un tel résultat, et afin de toujours avoir le plan le plus approprié pour en mettre plein la vue, le choix a été fait de proposer une caméra fixe. Cela permet de garder la maîtrise avec des personnages parfois près, d’autres fois loin, qui avancent face à nous ou, au contraire, en nous tournant le dos, ou encore en scrolling horizontal. Cela souligne magnifiquement la beauté du monde, mais nuit à la visibilité d’ensemble, tout en compliquant quelques fois les déplacements et en imposant des murs invisibles. C’est le prix à payer pour un tel spectacle qui mise tout sur son ambiance, appuyée d’ailleurs par la musique aérienne et reposante de David Earl. Quelque peu conceptuelle, à l’image du reste du jeu d’ailleurs, elle tire vers la musique de chambre expérimentale, pas toujours agréable à l’oreille. Pour être honnête, je n’ai pas vraiment accroché en début de partie, mais cela s’est amélioré par la suite. Elle évolue en effet au cours de la partie et change avec chaque biome, tirant parfois vers des sons asiatiques, d’autres fois plus nordiques, mais toujours de manière viscérale.

Keeper
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Nyam Hazz
Tout en symbolisme, Keeper offre une agréable balade dans un splendide univers surréaliste. Sans paroles, il propose un gameplay varié, essentiellement à base d’énigmes à résoudre, mais aussi avec plusieurs surprises à la clé. La caméra fixe peut déranger, tout comme la musique expérimentale si vous n’êtes pas adepte du genre, mais cela aide à mettre en avant l’univers étrange du titre qui, au-delà de sa direction artistique éblouissante, sait poser une ambiance particulière qui ne laisse pas indifférent.

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