Football Manager 2026 : un pas en avant, deux pas en arrière

Football Manager 2026 : un pas en avant, deux pas en arrière

Fin 2024, Sports Interactive a décidé d’interrompre un rituel bien huilé, en repoussant d’un an la sortie du nouvel opus de Football Manager. La cause ? L’introduction d’un moteur graphique flambant neuf, garant de la modernisation de la série, qui est venu bousculer le bon développement du jeu. Si certains fans ont grimacé en apprenant la nouvelle, la plupart se sont montrés compréhensifs : mieux valait laisser mûrir cette cuvée, plutôt que tremper ses lèvres dans un millésime âcre. Ainsi, après douze mois d’attente, Football Manager 2026 débarque enfin dans les bacs, et arbore fièrement les effets de sa cure de jouvence. Interface repensée, système tactique novateur, rencontres plus réalistes… C’est bien simple, la série n’avait pas connu une telle révolution depuis la saison 2008/2009, quand furent introduits les matchs en 3D. Hélas, comme il était légitime de le craindre, cela s’accompagne aussi de nombreux écueils qui gâchent l’expérience, souris en main. Football manager 2026 aurait sans nul doute mérité une année de gestation supplémentaire, même si les dernières mises à jour adoucissent légèrement l’amertume initiale.

Le Football Manager nouveau est arrivé

Pour les néophytes qui grimperaient dans le train en marche, Football Manager est la simulation par excellence de gestion d’un club de football. La série chère à Sports Interactive offre aux fans de ballon rond la possibilité de gérer tous les compartiments de la vie d’un club, depuis la mise en place d’une tactique efficace, jusqu’à la construction des entraînements, en passant par le coaching le jour du match. Les allergiques aux tableaux Excel risquent par contre d’abandonner très vite le wagon, un des cœurs du jeu étant d’analyser des données par paquet de cent, dans le but de tirer son équipe vers le haut.

C’est d’ailleurs cette austérité propre à la saga que Sports Interactive souhaitait adoucir, en abandonnant son moteur graphique maison, et en basculant vers le fameux Unity. Si on est bien loin du réalisme d’un Fifa — les visages des joueurs restent par exemple bien mal modélisés —, force est de reconnaître qu’observer les matchs se montrent plus intéressant. Les situations de but sont variées, les gardiens de but bougent bien, et les dribbles ressemblent enfin à de vrais dribbles. Les mises à jour récentes ont même amélioré le comportement de nos ouailles, qui avaient tendance à s’arrêter au milieu d’une course, ou à lâcher leur marquage de manière incompréhensible.

Pour profiter au mieux de ce nouveau moteur 3D, Sports Interactive propose une mise en scène dynamique, censée extraire la substantifique moelle de nos matchs. Néanmoins, celle-ci mériterait d’être un peu mieux calibrée, car elle braque trop souvent sa caméra sur des faits de jeu insignifiants, comme l’évacuation d’un joueur blessé après un tacle appuyé. Certains préféreront revenir aux traditionnels moments-clés, mais ils n’auront droit qu’à un résumé trop court de leur match. Difficile, dans ces conditions, de bien analyser les forces et faiblesses de son équipe.

L’autre chose qui fâchera les puristes, c’est l’amputation de nombreuses fonctionnalités lors des jours de match. Adieu, le tableau qui mettait en avant les réseaux de passes préférentiels de notre équipe. Adieu, la carte thermique qui permettait de voir de quel côté du terrain nos joueurs prenaient le bouillon. Les Luis Enrique en herbe ressortiront déçus de la (relative) simplification de leur titre fétiche. Et encore, cela aurait pu être pire. En effet, Sports Interactive n’a rajouté que sur le tard, face à la grogne des fans, quelques fonctions historiques absentes à la sortie du jeu, comme le coaching depuis le banc de touche. D’un autre côté, l’impact de cette mécanique sur le déroulement d’une partie a toujours été difficile à évaluer, et sa disparation reflétait peut-être une forme de doute chez le développeur.

En revanche, en ce qui concerne l’ambiance dans les stades, le doute n’existe pas : elle est toujours aussi morne. Les années passent et l’habillage sonore ne bouge pas d’un iota. On garde ce brouhaha impersonnel qui accompagne les actions à l’écran. Pourtant, intégrer quelques chants de supporters ne paraît pas hors de portée d’un studio qui détient un budget non négligeable. Il y a bien sûr l’hymne de la ligue des champions, qui est entonné pendant trente secondes les soirs de coupe d’Europe, mais cela reste une maigre consolation.

Un UI déplorable

Bien entendu, le vrai cœur de jeu de Football Manager n’a jamais été la simulation des matchs. On passe bien plus de temps dans des menus remplis de statistiques en tout genre qu’en tribunes. Alors qu’on pensait Sports Interactive rôdé pour nous faire avaler sa foultitude de tableaux austères, c’est finalement dans ce domaine que le développeur se plante dans les grandes largeurs. Dans le but d’améliorer l’ergonomie des versions console, des infobulles en pagaille ont été implémentées et alourdissent la navigation. Sur PC, le résultat se montre catastrophique, puisqu’on nous oblige à cliquer deux à trois fois plus qu’avant, pour réaliser les mêmes actions. De surcroît, d’autres fonctionnalités ont été supprimées, comme la possibilité de faire défiler nos messages grâce à la barre espace (en réalité, l’option a été ajoutée tardivement et est bien planquée dans les paramètres avancés du jeu). Cela paraît anodin, mais devoir s’emparer de sa souris puis cliquer sur les messages un par un est très éreintant. Était-ce vraiment nécessaire de chambouler une formule qui avait fait preuve de tant d’efficacité par le passé ?

Heureusement, Sports Interactive a aussi su innover, notamment dans le domaine tactique. Dorénavant, on confectionne une formation d’équipe lorsque cette dernière possède le ballon, et une autre lorsque l’adversaire nous le confisque. Cet ajout correspond davantage à une vision moderne du football, où le jeu sans ballon a pris une place primordiale à haut niveau. Si l’idée est bonne, on a parfois du mal à cerner l’influence que cela a sur le terrain, le positionnement de nos joueurs ne correspondant pas toujours à la stratégie mise en place. En outre, combiner tactique avec et sans ballon reste encore confus visuellement, surtout quand l’on fait des changements en cours de match. Il n’est pas rare que l’attaquant que l’on fait entrer en renfort, se retrouve en défense centrale en l’absence de possession (chose que l’on corrigera en parcourant trois menus et sous-menus…).

Au rayon des ajouts, les sélections féminines font enfin leur apparition (alors que les sélections nationales disparaissent de manière inexplicable). C’est évidemment une nouveauté que l’on salue, mais qui s’accompagne de quelques désagréments esthétiques. Depuis quelques opus, inspiré par l’expérience d’une certaine Corinne Diacre à Clermont-Ferrand, j’aime enfiler la blouse d’une femme pour diriger mes équipes masculines. Chose que j’ai bien sûr réitérée dans Football Manager 2026. Sauf qu’à présent, lorsque je me retrouve en conférence de presse, les journalistes persistent à me parler de mes « joueuses »… De quoi mettre encore en exergue l’absence de finition du titre.

Gattu

Le verdict est sans appel : Football Manager 2026 est sans conteste le pire épisode de la saga depuis l’opus 2009. Interface mal branlée, innovations tactiques peu lisibles, fonctionnalités historiques absentes… On comprend mieux pourquoi Sports Interactive a préféré faire l’impasse sur une sortie l’année passée. Cependant, même en s’autorisant un précieux sursis, le résultat reste bâclé et pas à la hauteur de l’ambition de Sports Interactive, malgré un moteur graphique tout neuf. Dire que par le passé, il m’est arrivé d’accuser la série de se reposer sur ses acquis… La prochaine fois, je tournerai ma langue sept fois dans la bouche avant de l’ouvrir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *