Constance : un metroidvania qui ne fait pas tâche

Constance : un metroidvania qui ne fait pas tâche

Avec Constance, la société de production audiovisuelle allemande BTF (Bildundtonfabrik), à travers son département jeu vidéo Blue Backpack et avec l’appui du gouvernement allemand, nous offre son deuxième jeu, après The Berlin Apartment. Auto-édité en collaboration avec ByteRockers’ Games et PARCO Games, celui-ci prend la forme d’un jeu d’action-aventure dessiné à la main, de type metroidvania, dans la lignée de Hollow Knight et Silksong, mais aussi de Celeste. Et avec les moyens qui sont les siens, il ne s’en sort pas si mal face à une concurrence non négligeable. On y incarne Constance, une graphiste dont la santé mentale la pousse à se réfugier dans un monde imaginaire où elle affronte les problèmes à grands coups de peinture, à l’aide d’un pinceau magique géant.

Un Constance pour 4 larmes

À la fin de l’automne, Constance s’éveille dans un monde inconnu. Perdue, elle aspire à rentrer chez elle, mais son environnement est quelque peu hostile. Heureusement, elle se voit bien vite offrir un pinceau magique qui lui donne la possibilité d’utiliser de l’encre violette pour affronter les difficultés qui se dressent sur son chemin. Grâce à ce dernier, elle peut bénéficier de pouvoirs lui permettant non seulement de se défendre, mais aussi d’accéder à des lieux sinon inaccessibles et d’explorer tous les recoins de cet étrange univers dans lequel elle se trouve. Elle découvre ainsi qu’une ville abrite un marchand pouvant lui vendre quelques éléments bien pratiques, mais surtout un train capable de la ramener chez elle. Il se trouve cependant que ce dernier est coincé dans de solides fils nécessitant beaucoup d’énergie pour être rompus. Elle part donc à la recherche de quatre larmes du renouveau, une source d’énergie puissante, dispersées aux quatre coins du monde.

Au passage, elle peut également apporter son aide aux autochtones, comme répondre à la demande du maire et mettre fin à cette invasion de robots corrompus à laquelle la ville est confrontée, mais aussi bien d’autres petits coups de mains, à l’image des cousins égarés du commerçant qu’il faut retrouver pour leur indiquer le chemin pour revenir à la maison. En fait, ce monde imaginaire est celui dans lequel se réfugie Constance, sujette à la dépression et au surmenage. Graphiste dans la vraie vie, elle subit une pression professionnelle constante où tout le monde lui demande de faire des choses en même temps, et toujours de manière urgente, si possible pour hier, en la relançant sans cesse. Overbookée, elle a bien du mal à sortir la tête de l’eau, sans délaisser sa vie personnelle au profit de sa vie professionnelle, ce qui peut être sujet à des conflits familiaux. Au bord du burn-out, elle sombre dans une anxiété constante à laquelle seul son univers intérieur lui permet d’échapper. Mais parviendra-t-elle à démêler les fils qui lui permettront de rentrer chez elle et par là-même de se ressaisir ?

La fragilité de l’espoir

Constance

Le personnage désabusé et fatigué de Constance apporte un réel plus au jeu, tout comme les animations et l’environnement à la fois détaillé, coloré et varié. La direction artistique particulièrement réussie du titre, entièrement dessiné à la main et qui ne peut que faire penser à Hollow Night et Silksong, à qui il emprunte également les codes, met encore plus en avant l’univers intéressant dans lequel évolue l’héroïne. L’alternance entre le monde intérieur de Constance et sa vie réelle est la petite touche qui permet au titre de se démarquer de manière efficace. Même si les phases IRL s’avèrent particulièrement simples, à base de clics pour déclencher les actions ou chater sur les réseaux, elles abordent des thématiques intéressantes et efficacement mises en scène. Comment donner un sens à un tel surmenage et maintenir une vie saine ? Le message est transmis avec finesse.

Avec son esthétique soignée et sa musique douce empreinte de spleen, Constance caresse notre rétine et nos tympans dans le bon sens, mais pour le reste cela demeure très classique avec des éléments de gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo. intéressants, mais pour la plupart déjà vus. Les quelques éléments originaux auraient sans doute mérité d’être davantage exploités pour mieux se distinguer des autres productions du genre. Il n’en demeure pas moins que cela fonctionne très bien et que le jeu procure de bonnes sensations, avec beaucoup de mouvements aériens et de fluidité. La technique est au point, même si nous avons tout de même rencontré quelques bugs d’affichage, mais ce sont surtout les chargements à rallonge dont nous nous plaindrons. Fidèle au style metroidvania, le jeu se contente pourtant d’environnements en 2D avec déplacement horizontal. La caméra peut toutefois être légèrement déplacée pour repérer un peu les à-côtés. Côté paroles, il se contente d’onomatopées en termes de dialogues avec retranscription écrite de ceux-ci en version française.

La particularité de Constance est sa capacité à utiliser des techniques de peinture. Divers pouvoirs peuvent en effet être débloqués en trouvant des toiles où faire un nouveau tableau. Il y a en tout huit techniques de peinture à dénicher, comme le dash façon Splatoon où l’on se transforme en bulle de peinture, mais aussi le plongeon de peinture pour se déplacer sur une courte distance en étant invulnérable tout en pouvant se glisser dans de petits passages ou traverser des obstacles qui nous blesseraient sinon, l’estocade de peinture coupant temporairement le courant sur les zones électrifiées, le coup de pinceau infligeant des dégâts aux ennemis traversés et permettant d‘utiliser le pinceau comme un grappin, ou encore une attaque pogo pour infliger des dommages en piquant vers le bas ou pour rebondir au contact de la cible, comme dans Celeste. Ces différentes techniques peuvent non seulement être utilisées au combat, mais permettent aussi d’accéder à de nouvelles zones auparavant inaccessibles. Mais attention, cela consomme de la peinture, et une fois le stock épuisé, on se retrouve corrompu, ce qui a pour conséquence d’amputer ensuite la santé pour tout nouvel usage de technique de peinture. Mieux vaut donc utiliser ces dernières avec parcimonie.

Celeste Song

Moins exigeant que Silksong, bien que certains passages et autres boss s’avèrent tout de même délicats, le soft relève davantage du jeu de plateformes que de combat, se rapprochant plus en cela de Celeste que du jeu de Team Cherry. Il y a tout de même différents types d’ennemis à affronter, chacun dans son style (avec bouclier, à distance, mouvants…), mais une fois la technique trouvée, cela devient vite une routine à répéter. Il en est de même pour les boss, mais encore faut-il ici trouver la méthode à employer avant de réussir à l’appliquer. Cela change à chaque fois, et c’est très bien. Par contre, le principe reste le même : survivre à des vagues d’adversaires lambdas ou à une phase de plateformes pour pouvoir tabasser le boss, et ceci deux fois de suite. Si la santé descend trop bas, cela se voit visuellement et on entend les battements de notre cœur. Et en cas de mort, on a le choix entre revenir au dernier autel où l’on peut se refaire une santé à tout moment, ou persévérer en acceptant en contrepartie la malédiction de la marionnette qui renforce les ennemis et les entoure d’une aura jaune empêchant de les traverser sans dégâts avec un dash.

En lien direct avec sa santé mentale, le monde intérieur de Constance est plein de symbolisme avec son histoire personnelle, à commencer par la présence du pinceau et de l’encre rappelant son travail de graphiste, mais aussi des inspirations qu’elle devra trouver pour se renforcer. Ces dernières consistent en des dessins à réaliser et à noter dans son carnet afin de bénéficier de bonus passifs. Mais la place est limitée, et il faut donc faire des choix, en gérant ses esquisses comme on gère un inventaire. Il est également possible de les améliorer avec de la couleur, en échange des cristaux récoltés, pour bénéficier d’encore plus de puissance (chance de coup critique accrue, ennemis qui lâchent plus d’orbes luisantes de santé, régénération de points de vie avec l’estocade… Il faut ainsi bien explorer la carte et revenir parfois en arrière une fois en possession de la technique nécessaire pour franchir certains passages. Constance n’est donc pas un titre linéaire et laisse à chacun la liberté d’explorer à sa guise. En ligne droite, il peut être assez vite bouclé (sans doute autour de 6 heures), un mode speedrun est d’ailleurs proposé, mais ce serait passer à côté de nombreux aspects non négligeables, y compris des des défis bien retors à relever.

Outre la quête principale, il y a en effet les quêtes secondaires, mais aussi la simple exploration afin de récupérer les lueurs nécessaires pour faire du commerce (conservation des excès de santé, augmentation de la capacité maximale de peinture…), des orbes luisantes permettant de regagner un peu de vie, des fragments de cœur pour accroître le niveau de santé maximum, ou encore les cristaux de lumière nécessaires pour améliorer les inspirations. Notons que l’exploration consiste en du plateforming mixé à quelques affrontements, mais que les chutes dans le vide ne sont jamais vraiment problématiques puisque l’on revient aussitôt à un point très proche sous forme de goutte de peinture, avec une légère perte de santé. Ce n’est donc pas trop punitif de ce point de vue. Pour finir, petit plus repris de Prince of Persia : Lost Crown : un appareil photo nous permet de prendre quelques clichés afin de se souvenir de la position des éléments sur lesquels revenir plus tard. Ceci est intéressant quand on repère quelque chose, mais que l’on ne peut pas encore y accéder. Le nombre de photos reste toutefois limité et il faut en effacer pour faire de la place aux nouvelles. La carte n’est cependant pas précise et ne signale que des zones sans détail sur ce qui se trouve à l’intérieur. Et l’environnement est assez labyrinthique avec plusieurs chemins possibles. Il faut donc apprendre à se repérer.

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Nyam Hazz
Petit metroidvania fait avec amour, Constance, malgré quelques imperfections, s’avère être une bonne alternative à Silksong. Bien que reprenant les codes du genre, il dispose de quelques mécaniques de jeu originales et d’un univers intéressant autour du burn-out et de la dépression qu’il induit. Doté d’une direction artistique entièrement dessinée à la main et d’animations léchées, ainsi que d’une bande-son séduisante, il a tout pour plaire et procure de bonnes sensations manette en main. Il s’adresse cependant davantage aux amoureux de jeux de plateformes que de combats, domaine où il brille un peu moins, mais reste une proposition très honorable sur laquelle nous ne pouvons que vous conseiller de vous pencher.

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