Hell is Us

Hell Is Us : Enfer et contre tous

Hell Is Us : Enfer et contre tous

Quand les Québécois de Rogue Factor, à qui l’on doit les Necromunda: Underhive Wars et Mordheim: City of the Damned, des titres corrects mais sans plus, annoncent un jeu aussi ambitieux que Hell Is Us, on peut se demander s’ils n’ont pas eu les yeux plus gros que le ventre. En proposant un TPS d’aventure-action au world building terriblement prometteur, mêlant le fantastique à l’horreur bien réelle d’un conflit armé, ils avaient a minima réussi à attirer notre attention.

Hell Is Us porte bien son nom. Il fait le pari de vous lâcher sans sommation dans un pays fictif en pleine guerre civile. Ajoutez à cela des créatures étranges apparues du jour au lendemain, massacrant tout le monde sans discrimination, et vous aurez une bonne idée de l’horreur dans laquelle vous êtes tombés. D’autant que Rogue Nation n’est pas là pour vous montrer une image hollywoodienne de la guerre. Non, la guerre y est ici dépeinte sans détours dans tout ce qu’elle a de plus horrible, dans tout ce qu’elle peut faire ressortir des personnes impliquées, et surtout du sort de ceux qui se retrouvent seulement pris au milieu de tout ça. 

Demons only appear when humanity has sinned beyond reason

C’est en tout cas ce que vit présentement la population d’Hadea, une nation isolée du reste du monde possédant ses propres cultures et croyances, et à l’histoire riche et parsemée d’évènements de grande violence. Alors que des siècles s’étaient pourtant écoulés depuis qu’un tel épisode avait eu lieu, les tensions croissantes entre les Palomistes et les Sabinians, les deux cultures se partageant le pays, et surtout la propagande de la haine de l’autre entretenue par chacun des camps, ont fini par mener à une inévitable guerre civile. Et pire, comme si l’horreur n’était déjà pas suffisante, l’apparition de monstres. 

Vous l’aurez évidemment deviné, mais un avertissement s’impose, Hell Is Us aborde des thèmes durs et montre des images choquantes, soyez donc bien sûr de savoir où vous mettez les pieds. Plus exactement, on nous montre assez rarement les scènes en question, mais plutôt l’après, telle une fresque cauchemardesque laissant malheureusement peu de doutes sur ce qu’il s’est passé et de quoi faire un peu trop fonctionner l’imagination. Ce n’est pas forcément facile à voir, mais il faut dire que c’est très habilement réalisé, et indéniablement une grande force du titre qui parvient dès le départ à mettre en place son ambiance pesante. On regrettera seulement le petit manque d’ambition en termes de mise en scène des dialogues avec les personnages d’intérêt, où, à l’exception des cinématiques, Rogue Factor se contente d’un plan fixe face au personnage interrogé sans jamais aucun mouvement de caméra. Bien loin donc des standards posés par un The Witcher ou Baldur’s Gate 3, plus cinématographique, mais plus dans l’école Bethesda donc, avec tout de même l’excuse du budget, lui. 

Toujours est-il que vous incarnez Rémi, exfiltré de Hadea par sa mère alors qu’il n’était qu’un enfant, avec pour seule possession un étrange bracelet. Bien des années plus tard, on retrouve Rémi en bien mauvaise posture, attaché sur une chaise, shooté au sérum de vérité via une perfusion alors qu’il est interrogé par un homme aussi laid que méchant à qui il est forcé de raconter son histoire. À commencer par le moment où il s’est infiltré dans Hadea pour retrouver la trace de ses parents. 

L’Exploration avant tout

Autre choix fort du titre, Hell Is Us ne vous tient pas par la main et se veut avant tout comme un jeu d’exploration misant sur son ambiance unique et angoissante, laissant place libre à la découverte et à la compréhension du joueur. Une volonté qui se ressent évidemment dans l’absence de carte et de marqueurs de quête. Vous serez seulement accompagné de votre équipement, et de votre sens de l’orientation, utilisant les divers indices trouvés ci et là pour vous indiquer la marche à suivre vers un prochain point d’intérêt. Une proposition qui ne sera clairement pas du goût de tout le monde, et c’est tant mieux ! Chaque genre n’a en effet pas vocation de plaire à la majorité. C’est d’ailleurs souvent le cas des jeux les plus intéressants, ils divisent. Soit les joueurs adhérent complètement, soit ils détestent. Et ici, ces choix seront rédhibitoires pour certains, et ça aurait très bien pu être mon cas connaissant mon sens de l’orientation légendaire. 

Hell Is Us regorge également de donjons et d’énigmes, souvent liées au loreReprésente l'histoire et les traditions autour d’un univers de fiction, ne constituant pas l’intrigue principale d’une œuvre. propre à Hedea, dans un pur esprit Tomb Raider par exemple, notamment pour celles de l’histoire principale. La plus grosse difficulté que le titre va rencontrer, sera donc de faire face à l’attente d’une frange de joueurs pensant avoir sous les mains un nouveau jeu d’action classique, ou encore un Souls-like, sur lequel ils n’avaient pas prévu de faire ce genre d’effort. Reste à savoir qui est à blâmer ici, les joueurs pour ne pas s’être suffisamment renseignés, ou Nacon pour avoir un peu trop mis son système de combat en avant.  

Les défauts de ses qualités

Le revers de la médaille d’une telle proposition, c’est qu’il faut assurer dans le game designProcessus de création et de mise au point des règles et autres éléments constitutifs d'un jeu. S’il est en général très bon ici, on notera quelques moments de frustration. Principalement, certaines quêtes peuvent échouer avec le temps, c’est-à-dire si l’on avance trop dans la quête principale avant leur résolution. Le souci, sachant cela, c’est que l’on va du coup vouloir résoudre un maximum de quêtes annexes avant d’avancer plus loin dans l’histoire principale, mais qu’à l’inverse, certaines de ces quêtes sont au contraire bloquées tant que l’on n’a pas avancé à un certain point de l’histoire… Mais sans que cela ne soit indiqué clairement. 

Vous voyez donc le problème de cette contradiction, on peut se retrouver à tourner en rond pendant un bon moment pour trouver comment compléter une activité, alors qu’en fait, il suffit simplement d’y revenir plus loin dans le jeu. Si vous avez une tendance à être susceptible au FOMO, ou êtes complétionniste, cela risque fort de vous agacer. Mieux vaut ne pas non plus faire de longues pauses entre les sessions. Bien que le journal de bord soit plutôt bien fichu, il est tout de même conseillé de bien noter dans un bon vieux cahier tout ce que vous pensez qui pourrait vous être utile plus tard. On a en effet vite fait de ne plus se rappeler qu’on avait croisé telle porte ou coffre fermé à tel endroit, ce qui peut devenir un peu frustrant lorsque l’on trouve une clé spéciale, mais qu’on ne parvient plus à se rappeler où l’on a vu une porte avec un symbole similaire. Ce n’est, en soi, pas vraiment un défaut, il n’est en effet pas rare de devoir prendre des notes dans les jeux d’aventure, mais Il vaut mieux le savoir.  

On peut aussi être parfois un peu frustré de voir notre personnage incapable de pouvoir sauter, ou pire encore, simplement enjamber un petit muret de 30cm de haut et de devoir trouver un chemin alternatif. Ça casse un peu l’immersion, il faut bien le dire, en rendant le tout très artificiel. Surtout quand le chemin prévu est caché derrière une énigme vieille de plusieurs siècles alors qu’un simple tabouret permettrait de la contourner… On s’y fait cependant une fois qu’on a intégré qu’on est bel et bien dans un jeu vidéo. 

Des combats qui Souls ?

On l’a vu, Hell Is Us est donc avant tout un jeu d’aventure, ce qui ne veut pas dire pour autant que le système de combat est simpliste. Au contraire, il y a pas mal de subtilités et de mécanismes à appréhender au départ. On retrouve les classiques jauges de vie et d’endurance, mais petite subtilité, celles-ci sont liées, vous ne pourrez pas avoir plus d’endurance que de points de vie. Ce qui veut dire qu’il faudra être particulièrement attentif lors des combats, et remonter sa vie à l’aide de consommables, ou bien grâce à la mécanique du Healing pulse. Pour faire simple, chaque coup porté sans en recevoir ni bloquer vient remplir votre jauge de vie manquante et se matérialise en point de vie si vous parvenez à l’activer dans le bon timing. Un moyen assez simple de se soigner en tant normal, mais qui devient tout de suite plus bien plus complexe à maitriser dès que la situation se corse et face à plusieurs adversaires. 

Pour le reste, vous aurez accès à plusieurs types d’armes, qui pourront être infusées par 4 types d’émotions, qui prendront des niveaux avec leur utilisation, mais qu’il faudra améliorer chez le forgeron pour dépasser certains caps de niveau. Ajoutez à ça la possibilité d’y incruster des glyphs donnant des boosts, mais aussi des compétences spécifiques. Même chose pour le drone qui vous accompagne, il sera possible d’y installer des modules lui donnant accès a des capacités spéciales, comme distraire un ennemi par exemple. 

De quoi avoir un arsenal varié à disposition pour affronter les quelques types d’ennemis proposés, au final pas très nombreux. Certains ennemis seront néanmoins accompagnés d’une sorte d’entité, genre de matérialisation d’une émotion spécifique comme la rage ou le deuil, qu’il faudra éliminer en premier pour rendre la créature vulnérable aux attaques. Beaucoup de systèmes à appréhender au départ, mais heureusement le jeu n’est pas d’une difficulté insurmontable. Au contraire, il est même, en mode normal, plutôt facile sur une bonne partie de l’aventure, où vous n’aurez même pas besoin de la plupart des systèmes proposés. Les choses se corsant vraiment lorsqu’on rencontre des ennemis de tiers 3, le plus fort. Rien n’empêchera cependant ceux qui apprécient un challenge d’aller activer quelques options de difficulté, comme les pénalités de mort Soulsiennes, soit le respawn des ennemis et la perte de tout ce qui avait été accumulé depuis la dernière sauvegarde. 

Pour les yeux et les oreilles

Hell is Us

Finissons par ce qui probablement saute le plus aux yeux. Hell Is Us est sacrément beau, il vous suffit de jeter un œil aux captures accompagnant cet article pour vous en convaincre. Que ce soit au niveau de sa DA fantastique, avec des paysages variés et d’anciennes ruines ou donjons superbes, ou le design original des créatures…  On pourra néanmoins trouver les modèles de personnages pas exceptionnels. Quoi qu’il en soit, c’est un facteur important dans un jeu dans lequel l’exploration y tient un rôle si prédominant. Mais c’est un véritable plaisir de se balader dans de tels décors, et on reste émerveillé jusqu’à la toute fin du jeu. 

Et plus important encore, Rogue Factor a plutôt bien optimisé le tout, qui techniquement tourne très bien en 2k sur un PC équipé d’une 3060ti et un CPU très vieillissant. On peut aussi ajouter à ça le travail absolument dingue de l’ambiance sonore. L’OST est magistralement immersive, et vient renforcer le côté unique de cet univers, ainsi que l’angoisse de la période trouble dans lequel il se trouve. Ça ne sera pas forcément les morceaux que l’on conseillera d’écouter en dehors du jeu, quoique, mais ils sont parfaits pour ce qu’ils veulent accomplir ici. 

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CactusSinger
Beau, immersif, et proposant un lore original, Hell Is Us est une très belle surprise. Bien que le titre de Rogue Factor ne sera pas pour tout le monde, de par sa volonté de proposer un vrai jeu d’aventure ne vous tenant pas par la main, et de ses thèmes et histoires assez violents, il s’agit incontestablement d’une réussite. On pourra relever quelques incohérences dans le game design, ou bien la présence de combats un peu trop nombreux, mais il restera surtout une aventure assez passionnante et immersive, portée par une superbe OST. 
Hell is Us

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