Carnival, Les dessous (Lovecraftiens) de Venise
Venise, 1933, Mussolini est à la tête de l’Italie, et bien que son parti fasciste ait des partisans dans tout le pays, il semble que le régionalisme de la Cité des Eaux reste, lui, très présent. Certainement, le ban des festivités du célèbre Carnaval de Venise ne plaide pas vraiment en sa faveur. C’est dans ce contexte pour le peu instable que James Maynard, journaliste à Londres, débarque d’un train pour une enquête-reportage sur le projet de construction d’un pont reliant Venise et Mestre, censé booster l’économie et pousser la ville vers le progrès. Un plan pas du tout au goût des ultraconservateurs nationalistes évidemment.

C’est donc sur fond d’un contexte assez pesant que se passe l’aventure de Carnival, un Point & ClickSous genre du jeu d'aventure graphique popularisé dans les années 80s/90s, généralement contrôlé à la souris. narratif Lovecraftien réalisé par Beyond Booleans, un développeur solo indépendant. Et ça ne va pas aller en s’arrangeant… James voyage le cœur lourd, portant avec lui la lettre de rupture de sa future ex-femme, et est sujet à des rêves, voire des visions, aussi étranges qu’inquiétantes. Une condition qui ne va qu’empirer après son arrivée dans la belle, mais mystérieuse cité. Il lui arrivera même d’avoir des épisodes de narcolepsie, parfois en pleine interview, jusqu’à se réveiller sans souvenir de comment il est rentré jusqu’à son lit.
Vous vous en doutez maintenant, Carnival revendiquant son côté Lovecraftien, tous ces mystères cachent en fait une sombre vérité qui ne semble n’être connue que des véritables Vénitiens. Malgré tout, James aura le droit à un très bon accueil de la part de son hôte Arduino, mais devra évidemment batailler dure pour obtenir la moindre information. Tout juste pourra-t-il se rendre compte de la rapidité avec laquelle les habitants du coin laissent entendre leur aversion à Mussolini. Une façon de penser pourtant bien dangereuse dans le pays où la Milice volontaire pour la sécurité nationale, les tristement célèbres chemises noires, fait la loi.



Le moins que l’on puisse dire, c’est que Beyond Booleans sait s’y prendre pour poser une ambiance unique. Outre le contexte, Venise, ses canaux et ses coins les plus mystérieux sont dépeints à l’aide d’un pixel art minimaliste de très bonne facture, qui rappelle fortement un titre comme The Last Door, avec peut-être quelques pixels en plus. Mais si l’on doit comparer les deux titres, c’est surtout au niveau du traitement audio qu’ils se ressemblent le plus, un exercice dans lequel ils excellent, posant une ambiance extraordinaire. En effet, en plus de la musique sublime qui sait par moment vous prendre aux tripes, les effets sonores et bruitages sont de très bonne qualité et très marqués. Des bruits de pas aux portes qui grincent, l’environnement acoustique vous immerge complètement dans une inquiétante aventure.


Pourtant, Carnival ne propose pas de doublage, ce qui indirectement participe à la mise en exergue de l’ambiance sonore. Il fait cependant l’utilisation de beaucoup de narration écrite, décrivant l’action et les pensées de James, qui peuvent parfois quasiment remplir l’écran de texte. Attention d’ailleurs, l’anglais utilisé est relativement soutenu, même si pas non plus insurmontable, et il vaut mieux avoir un niveau assez correct vu le grand nombre de descriptions. C’est néanmoins un véritable plaisir à lire, avec une écriture vraiment excellente, et il est d’ailleurs difficile de décrocher une fois que l’aventure prend son envol. Sur ce point, le début pourra paraitre un peu lent, avec notamment beaucoup d’informations sur Venise, l’époque et la culture qui sont certes très intéressantes, mais au détriment du rythme.





