Avait-on besoin d’un Dynasty Warriors 3 Remastered ?
Vendu 40 € à la sortie (avec un bon vieux DLC des familles pour obtenir tous les costumes et autres fioritures, histoire d’atteindre les 70 € habituels), Dynasty Warriors 3 revient à la charge sur consoles et PC. Le troisième épisode, alors que je vous ai parlé du dixième, Origins, il y a peu. C’est donc mercantile, ou par pur souhait de préserver une œuvre vidéoludique certaine ? Penchons-nous là-dessus.

Un musou est un musou
Le saviez-vous ? Les Dynasty Warriors ont toujours eu un numéro de décalage avec le Japon, terre d’origine de la série, à cause d’une grosse flemme européenne. Le tout premier épisode, appelé Sangoku Musō au Japon, était un jeu de combat en un contre un, à la manière de Soul Blade. Il est sorti en 1997. Plus tard, Koei transforme complètement le concept en jeu d’action de masse. Au Japon, il devient Shin Sangoku Musō, une nouvelle série numérotée à partir de 1. Mais en Occident, Koei conserve la continuité commerciale et l’appelle Dynasty Warriors 2. Bref, la flemme, ils connaissent : alors quand ils me disent que Dynasty Warriors 3 va ressortir en 2026, je sens venir la douille. Et j’avais un peu raison quand même.
Déjà, il faut rappeler l’importance du troisième épisode : c’est le premier Dynasty Warriors à dépasser le million d’exemplaires vendus. C’est celui qui a rendu mondial le genre du Musou, ces jeux maintes fois adaptés en plusieurs franchises (One Piece, Zelda, Dragon Quest, Arslan, Ken le Survivant…) qui ont toujours la même façon de se présenter et le même gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo. intrinsèque. Bref, Dynasty Warriors 3, c’est ce pourquoi cette série existe et c’est donc pourquoi c’est l’épisode qui est remis au goût du jour. Là, on a l’aspect moins mercantile : il y a une vraie raison de le sortir et c’est plutôt honnête. Les jeunes générations seront sans doute ravies de redécouvrir les bases dans de bonnes conditions, malgré un prix quand même abusif.



Et histoire de justifier un peu plus le terme « Complete Edition », ce remaster intègre aussi Xtreme Legends, l’extension sortie séparément à l’époque. Elle ajoutait notamment sept histoires supplémentaires pour certains officiers, de nouvelles armes, la personnalisation des gardes du corps et quatre modes défis. Un contenu assez conséquent, donc, qui permet au moins de relativiser un peu le prix demandé.
Il faut dire que visuellement, l’Unreal Engine fait plaisir malgré tout. C’est toujours vieillot, on dirait de la Xbox 360 lissée en fin de vie de console, mais c’est toujours mieux que la bave de pixels PlayStation 2 (je parle comme quelqu’un qui le découvrirait maintenant, hein, loin de moi l’idée de cracher sur le jeu d’origine, mythique). Mais par contre, vous n’aurez pas d’évolution réelle en termes de gameplay puisqu’ils ont voulu garder le game feel originel, et même ses soucis : les personnages « glissent » entre eux lors des collisions, quand vous ciblez un personnage, vous avez toujours des distances insupportables entre les coups, et les animations restent les mêmes : lentes quand il s’agit d’envoyer les ennemis en l’air, avec impossibilité de leur faire perdre de la vie au sol, etc. On n’est clairement ni sur une revisite, ni sur une amélioration du gameplay : c’est la même chose et en 2026, c’est un peu rude.
Seuls quelques petits ajouts intelligents viennent toutefois sauver le tout et principalement : des esquives. Elles permettent de mieux s’en sortir en mêlée et on a le droit aussi à des esquives parfaites qui amènent davantage de confort et de plaisir de jeu. On trouve également une parade parfaite, permettant de contrer les attaques ennemies avec le bon timing et de les étourdir. De quoi fluidifier un peu des affrontements qui en avaient bien besoin.
Et pour les puristes, tout cela peut être désactivé grâce à un mode classique qui permet de retrouver des sensations plus proches du jeu original. C’est une bonne idée de préservation, même si elle pose une question assez amusante : pourquoi vouloir à tout prix conserver des mécaniques de jeu qui ont justement évolué pour de bonnes raisons ?

Et pour les franchouillard·es de l’époque : non, il n’y a pas la VF avec l’accent marseillais. Pas dommage, même si on aura bien ri. Le jeu conserve en revanche ses doublages anglais d’origine et sa bande-son, histoire de préserver aussi son identité sonore. Mais surtout, il n’y a même pas de traduction française pour les textes et les sous-titres. En 2026, pour un jeu vendu 40 €, c’est quand même assez dommage.
Les bases d’un concept efficace
Je l’ai expliqué tellement de fois sur ce site que je pourrais presque recopier/coller un descriptif d’un précédent test, mais je vais le tenter de tête : le Musou est un genre de jeu où vous incarnez un héros ou une héroïne capable d’affronter à lui seul ou elle seule des centaines, voire des milliers d’ennemis sur de vastes champs de bataille. Le principe ne se limite toutefois pas à éliminer des hordes d’adversaires : il faut aussi capturer des positions stratégiques, vaincre des officiers ennemis, protéger ses alliés et remplir différents objectifs pour faire basculer le cours de la bataille. Il y a des objets disséminés pour vous remettre de la vie, une jauge de Musou à gérer au mieux pour envoyer des pouvoirs bien puissants à la tête des ennemis et on est sur un pur jeu de conquête à la troisième personne.
Dynasty Warriors retrace environ 50 ans de conflits en Chine, depuis la révolte des Turbans jaunes en 184 jusqu’à la bataille des plaines de Wuzhang en 234. Il met en scène la lutte pour le contrôle de la Chine entre trois grandes puissances : le Wei de Cao Cao, le Shu de Liu Bei et le Wu de la famille Sun. Inspiré du roman historique Les Trois Royaumes, le jeu mélange événements réels, légendes et libertés scénaristiques évidentes avec ces énormes attaques Musou dévastatrices qui font tout l’écran. La formule, en dehors des adaptations d’animes, d’autres jeux vidéo ou de mangas, se déploiera aussi au Japon avec Samurai Warriors, tentera des escapades stratégiques à la Risk avec la série des Empires et on aura même le droit à des jeux plus scénarisés avec Spirit of Sanada. Il y a eu des crossovers Tecmo, des jeux plus Fantasy avec la série des Warriors Orochi, mais à chaque fois, le gameplay est basé sur le même jeu de base : Dynasty Warriors 3. Rien que ça. Si vous venez de débarquer, vous comprenez mieux le pourquoi du comment ce remaster débarque sans prévenir.
Concrètement, et encore davantage dans ce « simple » troisième épisode : vous choisissez un héros, vous suivez l’histoire de la Chine avec ce même héros et enchaînez une dizaine de batailles où il s’agit d’aller point par point sur la carte pour sauver un allié d’un général ennemi, capturer des positions ou affronter un adversaire de taille pour tenter de renverser le cours de la bataille. C’est un vrai jeu stratégique en temps réel où chaque petit point rouge sur la carte que vous effacez de vos coups de sabre, bâtons et autres joyeusetés devient un espoir de vaincre. Très malin dans sa construction, le Musou est immédiatement satisfaisant en cas de victoire et même dans sa progression. Ce n’est pas cozy, mais ça en a la même saveur visuelle de satisfaction.
Et attention, on est encore loin des Musou modernes où les soldats ne sont finalement que des sacs à points de vie attendant gentiment de se faire découper. Ici, les ennemis sont plus agressifs et peuvent rapidement vous mettre en difficulté. Il faut surveiller ses alliés, gérer ses déplacements et éviter de foncer dans le tas sans réfléchir. La dimension stratégique est bien présente et c’est aussi ce qui fait le charme de cet ancien épisode. Le remaster ajoute d’ailleurs des points de contrôle pour éviter de tout recommencer en cas de défaite, ce qui est plutôt bienvenu.

Concernant la progression des personnages, le remaster ajoute également un système de fusion des armes. On peut sacrifier celles dont on ne veut plus pour transférer leurs compétences et leurs propriétés élémentaires sur d’autres. C’est une façon plutôt intelligente de moderniser la personnalisation sans trop bouleverser les mécaniques d’origine.
Quand même trop cher…
Alors difficile de jeter la pierre à ce Dynasty Warriors 3 remasterisé puisqu’il propose vraiment le jeu d’époque « en mieux », sans pour autant être à jour techniquement. Reste qu’on est sur un titre qui sort à peine deux ans après le dernier jeu moderne en date à pratiquement le même prix, pour une épopée moindre (et qui veut raconter la même chose, comme tous les Dynasty Warriors). C’est une sorte de moment archéologique un peu bizarre qui se destine sans doute uniquement aux vieux et vieilles de la vieille finalement et c’est ce qui m’embête le plus.


Parce que oui, il y a plein de personnages à débloquer dont certains nouveaux et il faudra terminer le même scénario avec chacun·e de ces personnages pour se satisfaire de la complétion (et débloquer le héros de Dynasty Warriors Origins qui, cependant, n’est là que pour les escarmouches et batailles rapides en menu, pas pour une campagne solo). Oui, il y a les modes multijoueurs de l’époque qui ont fait notre joie d’adolescent·es en week-end pluvieux. La coopération à deux en écran partagé est toujours présente et un mode coopératif en ligne a même été annoncé pour une mise à jour ultérieure, sans date précise pour le moment. Oui, il y a ce côté « d’époque » indéniable qui montre que du chemin a été parcouru, ce qui est sincèrement intéressant à découvrir. Mais c’est cher payé l’exposé et la visite guidée du passé.




