Beneath

Beneath : des soldats, des monstres et la mer

Beneath : des soldats, des monstres et la mer

Juste à temps pour Halloween, Camel 101 nous propose avec Beneath un FPS solo fortement inspiré des mythes Lovecraftiens. On nous promet une expérience narrative riche et un gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo. retour aux sources avec munitions limitées et ennemis retors. Mais qu’en est-il réellement sous la surface ?

Beneath

Puisque l’on parle de retour aux sources, autant commencer par là : Beneath rappelle tout de même fortement F.E.A.R., le jeu sorti en 2005 dont on se souvient pour son côté horreur et surtout ses gunfights particulièrement réussis et sans pitié, avec une IA ennemie des plus retorses – ceux-ci tentaient de vous prendre à revers, pouvaient relancer vos grenades ou bien vous déloger de votre planque avec les leurs, etc.

Côté horreur, on retrouve d’ailleurs des ficelles de ce dernier, parfois un peu grossières, comme lorsque l’on aperçoit une silhouette d’une personne ou d’une créature apparaître au détour d’un couloir, puis mystérieusement disparaitre dès que l’on tente de la suivre. Camel 101 en abuse d’ailleurs un peu trop pour son bien. 

Mais Beneath s’inspire ici essentiellement du loreReprésente l'histoire et les traditions autour d’un univers de fiction, ne constituant pas l’intrigue principale d’une œuvre. et des mythes Lovecraftiens, évidemment avec ce bon vieux Cthulhu en tête, pour son histoire et l’ambiance recherchée. C’est d’ailleurs de ce côté le gros point fort du titre. Visuellement d’abord, avec une direction artistique très gore avec des excroissances Giger-esque qui infestent les murs, et n’hésitant pas à montrer des atrocités comme des corps mutilés et déchiquetés. Le tout accompagné de sons inquiétants et peu ragoûtants, et d’une musique oppressante. On a aussi parfois le droit à des effets de mises en scène plutôt réussis, même si assez rares.

Vous incarnerez Noah Quinn, un plongeur effectuant une mission de routine alors qu’un événement étrange lui fait perdre la notion du temps – 20 min se sont écoulées alors qu’il ne lui semblait n’avoir perdu le contact que quelques secondes avec son équipage. Un temps cependant suffisant pour que la quasi-totalité de votre navire ne soit décimée par des créatures humanoïdes venues des profondeurs, du moins d’après les dires d’un mourant. Noah retrouve fort heureusement sa fille Amber saine et sauve, mais, alors que les secours paraissent arriver, l’hélicoptère censé leur venir en aide choisit finalement de tirer sur tout ce qui bouge. S’ensuivra alors une course contre-la-montre à travers différentes stations sous-marines à la recherche d’un antidote pour Amber qui a été infectée par un mal inconnu, alors que l’on aura de cesse de se faire prendre pour cible par des unités de soldats à la gâchette facile, puis par des créatures mystérieuses. 

Au final, la narration sera assez légère et faite surtout via de courts dialogues par radio. Niveau gameplay, on passera son temps à arpenter les couloirs des stations de recherche sous-marines en allant d’un objectif à un autre, le tout de façon très linéaire. Il faudra parfois trouver des batteries pour opérer certaines portes, ce qui aura pour effet de vous empêcher de courir et donc faire perdre du temps pour pas grand-chose vu que ça n’a jamais de vraies conséquences en jeu. C’est d’ailleurs une des principales frustrations de Beneath, son obsession à nous faire faire des allers-retours parfois assez longs, en choisissant de plus de nous priver régulièrement de la possibilité de courir. En prime, le jeu possède un système d’endurance totalement superflu, vous faisant perdre davantage de temps lors de l’exploration. Le level design, outre l’incessant backtrackingDésigne l'action de retourner sur ses pas ou revisiter des zones déjà explorées., propose aussi de nombreuses pièces à explorer, souvent vides. Pire, on trouve énormément de lockers à ouvrir, alors que ceux-ci sont à 90% du temps vides. Camel 101 voulait certes une expérience survival dans laquelle les munitions et soins sont limités, mais ce n’était pas nécessaire de nous faire passer autant de temps à ouvrir des conteneurs pour rien. 

Les tentacules de la déréliction

Évidemment, entre deux moments d’exploration, vous serez entraîné dans une session de gunfightPhases de fusillades dans un jeu vidéo ou un film lorsque ladite fusillade se déroule de manière acrobatique et effrénée. Ceux-ci sont corrects, sans plus, et manquent peut-être un peu de punch. On a accès à un arsenal limité classique mais qui fait l’affaire, avec différents types de munitions. Il est aussi possible de customiser et d’améliorer ses armes aux ateliers en dépensant des ressources trouvées dans les niveaux. On peut également se servir de grenades, au pouvoir explosif puissant, mais il est difficile de savoir exactement où l’on va les lancer faute d’indicateur et de hitboxes un peu grossières sur certains éléments du décor. Pour conserver quelques précieuses munitions, on peut se servir d’un pied de biche qui malheureusement manque lui aussi de pêche, mais surtout, on a du mal à évaluer la distance à laquelle un ennemi sera touché, ce qui le rend au final très peu utile. 

Quant aux ennemis, on en distinguera deux types, les soldats et les monstres. Dans l’ensemble, les soldats ne font pas preuve d’une intelligence très poussée. S’ils peuvent pourtant se mettre à couvert, lancer des grenades ou au contraire venir vous débusquer à grands coups de latte pour vous désarçonner, on les observe au contraire avoir la fâcheuse tendance à rapidement se mettre à découvert, voire arriver à la queue leu leu bien gentiment jusqu’à vous. Néanmoins, ces échanges de balles sont loin d’être faciles tant les balles font mal, et on pestera sur la capacité des soldats à voir à travers les murs quand vous tentez de vous faufiler pour mieux les surprendre. 

On rencontre aussi des sortes de zombies, fonçant droit vers vous lorsqu’ils vous aperçoivent, ainsi que différents types de créatures aux comportements variés. On pense bien entendu à ces satanées créatures tentaculaires qui vous attaquent de plusieurs côtés à la fois en se rendant temporairement invisibles et se téléportant après chaque coup… 

Les munitions étant limitées, on en récupère tout de même sur les corps des ennemis ou dans certaines caisses, il faudra aussi utiliser l’environnement pour se défendre. On ne remerciera d’ailleurs jamais assez le fabricant des extincteurs des stations qui a créé de véritables engins de destruction massive dès qu’ils entrent en contacte avec une balle. 

Dans l’ensemble, c’est tout de même plutôt agréable, et on a même droit de temps à autre à des moments plutôt jouissifs dans certaines escarmouches où l’on arrive à toucher un baril explosif pour ensuite mettre une rafale bien placée dans les jambes d’un soldat à travers sa couverture de fortune.

Et vice et versa

Beneath

Le tout est malheureusement plombé par des soucis techniques comme des grenades qui vous tuent à travers les murs ou les couvertures. Mais le plus problématique reste l’espèce de latence dans toutes les actions. Que ce soit lors du rechargement ou du changement d’arme, il faut souvent attendre une ou deux précieuses secondes après l’animation pour pouvoir tirer à nouveau, sans trop savoir pourquoi. Il va de soi que c’est fatal en plein combat. 

La dernière partie du jeu devient d’ailleurs très frustrante au niveau de la difficulté, avec des monstres qui vous foncent dessus et apparaissent dans votre dos, vous tuant en 2-3 coups à peine, alors que seul le fusil à pompe semble être réellement efficace, mais possède des munitions limitées. Il n’est donc pas rare de devoir recommencer un même passage 5-6 fois de suite pour apprendre par cœur où ils vont apparaitre, surtout qu’il n’est pas possible de faire des sauvegardes rapides, on dépend donc entièrement des checkpoints. Couplé aux latences de changement d’armes ou rechargement, c’est un véritable cauchemar. On dira que c’est raccord avec le thème…  

Côté technique, on trouvera aussi quelques couacs et petits bugs, comme des animations cassées, ou du poppingDéfaut visuel dû à un chargement de texture trop lent, causant un objet, un bâtiment ou un détail graphique à apparaitre brusquement dans le champ de vision du joueur de textures. On notera aussi des effets visuels sur le verre assez étranges. On est souvent bloqué par un bout de vitre quasi invisible restant debout après une fusillade. Des vitres d’ailleurs sacrément résistantes et capables d’arrêter très efficacement les balles. Un coup de fusil à pompe à bout portant n’atteint pas un ennemi juste derrière. Et finalement, on applaudit bien fort Jean-Michel Reflets à la technique. Absolument toutes les surfaces réfléchissent la lumière, c’est légèrement exagéré… On se croirait dans un labyrinthe de miroirs d’une fête foraine. Au passage, je conseille aussi de désactiver le bloom et le dirty lens effect dans les options histoire d’y voir quelque chose… 

Malgré tout cela, Beneath est pourtant plaisant visuellement, grâce à une DA intéressante et de bons effets de lumières qui arrivent à poser une excellente ambiance et un tout cohérent qu’on prend plaisir à explorer. Et c’est bien là le plus déstabilisant, malgré tous les problèmes listés, Camel 101 nous livre un titre que l’on prend plaisir à parcourir une bonne partie du temps, enchainant moments de grâce et maladresses pendant sa quinzaine d’heures de jeu. 

Avatar
CactusSinger
Dans un monde où l’on a surtout droit soit à des shooters multi soit à des boomer shooters, c’est assez rafraichissant de voir débarquer un FPS solo faisant la part belle à l’ambiance et l’immersion. Sur ce point, Beneath est pavé de bonnes intentions. Bien qu’il possède des gunfights oubliables, qui parviennent parfois à nous offrir des moments epic, un level design frustrant avec trop d’allers-retours, et surtout une difficulté en dents de scie aggravée par des soucis techniques encore trop nombreux, on apprécie tout de même une bonne partie de ce voyage à 20 000 lieux sous les mers. Dommage que la dernière partie soit aussi frustrante. 
Beneath

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *