Crushed In Time, Point & Strech adventure
Alors que le genre du Point & ClickSous genre du jeu d'aventure graphique popularisé dans les années 80s/90s, généralement contrôlé à la souris. est en très grande forme ces dernières années grâce à une scène indépendante prolifique, les Français de Draw Me A Pixel avaient frappé très fort en apportant un véritable vent de fraîcheur au genre. Avec son histoire et ses puzzles très méta, There Is No Game était unique en son genre et avait, à juste titre, su conquérir le cœur des joueurs. On était donc très curieux de découvrir ce que le studio allait proposer avec son nouveau jeu.
Et autant le préciser tout de suite : on reconnaît très vite la patte du studio français. Crushed In Time propose une histoire très méta mêlant développement de jeu vidéo et voyage temporel, rien que ça. On comprend d’ailleurs assez rapidement où la narration veut nous emmener, le titre ne cherche pas vraiment à le cacher, mais ce contexte particulièrement loufoque, qui met en abîme les différentes étapes de création d’un jeu, se prête parfaitement à des situations et des énigmes d’une grande créativité. Un domaine dans lequel Draw Me A Pixel n’a déjà plus grand-chose à prouver.


On peut toutefois s’interroger sur certains puzzles reposant sur le bon timing d’un enchaînement d’actions. En règle générale, c’est un procédé à proscrire dans les Point & Click, principalement car il a tendance à induire les joueurs en erreur : ils pensent avoir déjà essayé la bonne solution, alors qu’il leur manquait simplement le bon timing. Les connaisseurs penseront sans doute immédiatement à une certaine énigme qui en a rendu plus d’un chèvre… Heureusement, ces passages restent rares et, contrairement à d’autres Point & Click où ce type de puzzle surgit comme un cheveu sur la soupe, il s’intègre ici plus naturellement au gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo. proposé, à quelques exceptions près.



De ce côté-là, Crushed In Time est donc, sans grande surprise, une belle réussite. Les puzzles sont toujours solidement ancrés dans leur diégèse, un effort particulièrement appréciable. Tout juste pourrait-on chipoter en disant que, de ce côté, le titre est peut-être un léger cran au-dessous de son prédécesseur, ce dernier ayant placé la barre très haut et profitait en plus de l’effet de surprise.

Pour conserver ce sentiment de nouveauté, le studio a opté pour un gameplay pour le moins original. Crushed In Time n’est en effet pas tout à fait un Point & Click, mais plutôt un… Point & Stretch. Ou, si l’on veut être exact, un Point & Click & Stretch. Comme dans There Is No Game, on ne contrôle pas directement un personnage, mais une entité extérieure au monde du jeu, représentée par le curseur. Sauf qu’ici, on ne se contente plus de cliquer ou de glisser-déposer des objets : on les attrape pour les étirer avant de les relâcher. Imaginez un élastique que l’on tend puis que l’on lâche brusquement : la tension accumulée permet alors de propulser un objet ou d’actionner un mécanisme. Au fur et à mesure, on découvre de nouvelles façons d’interagir avec l’environnement, en tirant les joues des personnages, en tournant une manivelle ou en relâchant la pression au bon timing. Le principe fonctionne très bien et sera probablement encore plus satisfaisant sur écran tactile. There Is No Game se prêtait d’ailleurs déjà parfaitement à une expérience mobile.
Côté histoire, on retrouve les infatigables Sherlock Holmes et Dr Watson qui, après avoir reçu une mystérieuse lettre, se retrouvent embarqués dans une bien étrange aventure. Ils vont avoir, et vous avec, l’occasion de remonter le temps… du développement d’un jeu vidéo. Je vous laisse évidemment découvrir le reste. Toujours est-il que l’on retrouve une bonne dose d’humour, des situations improbables et des dialogues souvent bien sentis.



Le tout est porté par une très jolie direction artistique qui rappelle par moments Day of the Tentacle. Les décors, peints dans des tons pastel, contrastent avec des personnages en low poly détourés d’un fin liseré blanc, dans un genre d’anti-cell shading, conférant au jeu une identité visuelle à la fois originale et pleine de charme.





