Kill the Shadow

Kill The Shadow, l’aventure RPG dépaysante

Kill The Shadow, l’aventure RPG dépaysante

Déjà aperçu il y a un bon moment lors d’un des nombreux événements de mise en avant de démos jouables sur Steam, Kill The Shadow m’avait plutôt intrigué positivement. Un style visuel mêlant 3D et aplats pixelisés, un setting unique, une aventure remplie d’intrigues et même un tableau de déduction : évidemment que c’était sous mon radar. 

Dernière jeune recrue dans la police de Dark Tide City, Lucas semble avoir un informateur secret, lui faisant parvenir des informations étonnamment efficaces par courrier. La dernière en date lui indique d’aller jeter un coup d’œil dans une usine au nord de la ville. Mauvais timing : c’est à ce moment qu’une violente émeute générale éclate entre un gang local et les forces impérialistes qui occupent le pays, coupant la ville en deux et marquant le point de non-retour d’une série d’événements qu’on s’efforcera de démêler au fil de l’aventure. 

On retrouve Lucas 10 ans plus tard, obligé de travailler dans l’usine sur laquelle il devait enquêter, ne pouvant plus retourner au sud de la ville. Nouvel élément déclencheur : le chien du boss semble avoir été empoisonné, et c’est donc à l’ex-flic que vous êtes qu’incombe l’enquête afin de trouver le coupable avant que ça ne dégénère. Un point de départ qui évoluera en une fresque à bien plus grande échelle. Et pire encore, une étrange entité sous forme d’ombre se met à vous parler dans votre esprit… tout va décidément pour le mieux. 

Une enquête et des choix, mais rien à voir avec un hater des Sonic’s friends

Kill The Shadow se présente sous la forme d’un jeu d’aventure avec des embranchements scénaristiques dépendant de vos déductions, choix et actions. Là-dessus, il y a de quoi s’amuser : le titre est assez généreux sur les possibilités et variantes scénaristiques. Comme c’est maintenant souvent le cas, vous aurez droit en fin de partie à un arbre d’embranchements afin de voir ce que vous avez raté. C’est bien construit, si ce n’est qu’on se rend compte qu’il n’y a en réalité qu’une seule véritable fin, ainsi que trois sous-variantes qui s’en rapprochent un peu. La plupart des autres fins sont souvent abruptes et vous font même complètement rater des chapitres entiers. 

C’est un peu frustrant, surtout qu’on n’est pas du tout prévenu de ce système et que les conséquences des choix restent la plupart du temps assez opaques. De plus, Kill The Shadow possède une durée de vie particulièrement longue pour le style, et un joueur non averti peut facilement passer à côté de beaucoup de contenu en voyant les crédits de fin après 10-12 heures d’aventure, avec de nombreuses pistes scénaristiques non exploitées… Heureusement que j’ai vu une nouvelle ligne « arbre des embranchements » dans le menu principal avant de quitter, ce qui m’a permis de constater qu’il restait deux chapitres entiers à parcourir. 

Autre écueil inhérent à ce type de formule : en relançant une partie à un embranchement précis, on ne sait plus forcément quels choix ont été réalisés pour arriver jusque-là. On peut donc se retrouver avec des personnages censés être morts dans notre partie initiale, mais de retour dans cette réalité parallèle. On se retrouve alors un peu perdu quant au déroulement des événements. 

Kill the Shadow

En termes de gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo., pas d’énigmes ou de puzzles à proprement parler ici. On reste davantage sur une idée de collecte d’informations, en parlant avec les PNJPersonnage non-joueur / Personnage non jouable avec lequel on peut interagir. En anglais : NPC - Non Playable Character ou via l’investigation plus détaillée, et à la première personne, de certaines scènes comme un bureau ou une benne à ordures. On récolte ainsi des indices que l’on pourra placer sur notre tableau de déduction. Certains possèdent des questions qui leur sont attachées, et l’on devra relier la ou les questions au(x) bon(s) indice(s) pour poursuivre dans l’aventure. On peut quand même chipoter sur la maniabilité à la manette, avec laquelle il faut un petit temps d’adaptation et où l’on a souvent tendance à déplacer des indices sans le vouloir. 

Un vent frais de l’Est sur le genre

Tentative d’originalité, certains choix demandent parfois l’utilisation de points de ressources – santé, force ou intelligence – pour être réalisés. Si, dans l’idée, cela permet de devoir pondérer encore davantage ses décisions, ce qui est effectivement le cas au début, ça devient rapidement un simple gimmick étant donné l’abondance d’objets permettant de régénérer ses points. On est donc de nouveau dans une situation où l’on peut choisir ce que l’on veut dans tous les cas. 

C’est d’ailleurs l’occasion de mentionner la présence d’un mini-jeu de pêche à la Stardew Valley, qui vous donnera des consommables de façon quasi illimitée. Ce sera d’ailleurs assez nécessaire étant donné qu’un moment du jeu vous demande d’enchaîner des boulots pour farmer de l’argent, boulots qui demandent justement l’utilisation de vos ressources. Du grind dans un jeu d’aventure, c’est un peu étrange, mais après tout, pourquoi pas. 

J’en parlais plus haut, mais la fameuse ombre qui vous suit n’est pas là que pour faire joli… si on peut dire. Outre le fait de servir de canard en plastique, elle vous permet également d’utiliser une fonction de rewind, une capacité permettant de recréer une scène dans votre esprit à partir des indices récoltés. Une fois toutes les pistes trouvées et la scène rejouée, cela permettra de débloquer de nouvelles pistes et, plus rarement, de modifier légèrement l’environnement autour de vous. 

Le polar noir asiatique dystopique

L’ambiance de Kill The Shadow est plutôt réussie, avec entre autres une ville construite en grande partie à partir de conteneurs aménagés en habitations. L’ensemble oscille entre une atmosphère sérieuse, presque de polar asiatique, et quelques touches d’humour limite (web)cartoonesques. Les passages sous la pluie sont particulièrement réussis, avec des effets bien fichus comme les gouttes qui viennent s’écraser directement sur notre écran.

Kill the Shadow

La bande-son participe beaucoup à cette atmosphère, avec des morceaux parfois jazzy et aux sonorités très asiatiques, mais aussi quelques compositions au piano beaucoup plus mélancoliques qui ne sont pas sans rappeler Ryuichi Sakamoto.

Pour raconter son histoire, Kill The Shadow n’hésite pas à multiplier les allers-retours dans le temps, avec notamment des flashbacks permettant de retourner dans le passé de Lucas ou d’autres personnages et de faire le lien entre les différents événements. L’idée fonctionne plutôt bien et permet de progressivement remettre les pièces du puzzle en place, même si le jeu se montre parfois beaucoup trop verbeux.

Les voix anglaises sont d’ailleurs très inégales, avec des interprétations parfois franchement mauvaises, voire étranges, au point de se demander si certaines n’ont pas été générées par IA. Le jeu nous prévient lui-même qu’il est préférable de privilégier les voix chinoises. Et ce n’est pas le seul problème côté narration : Kill The Shadow cherche visiblement à faire passer une bonne partie de son loreReprésente l'histoire et les traditions autour d’un univers de fiction, ne constituant pas l’intrigue principale d’une œuvre. à travers les conversations, mais cela donne régulièrement des dialogues artificiels et surtout assez indigestes.

C’est d’autant plus dommage que l’histoire est censée se dérouler sur seulement quelques heures. À force de multiplier les intrigues secondaires et les détours, le jeu dilue un peu trop son récit principal et perd progressivement en intensité. Une bonne partie des révélations se voit d’ailleurs venir assez longtemps à l’avance, ce qui réduit forcément l’impact de certains événements. L’univers reste intéressant et suffisamment intrigant pour donner envie de connaître le fin mot de l’histoire, mais il aurait probablement gagné à être un peu plus resserré.

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CactusSinger
Au final, Kill The Shadow propose une bonne histoire dans un univers reste intéressant et intrigant, mais souffre d’une narration bien trop brouillonne. L’intrigue se retrouve diluée dans trop d’histoires secondaires, certes parfois en lien, mais pas toujours nécessaires, ainsi que dans de longs murs de texte qui auraient mérité quelques coupes franches. L’opacité des choix et de leurs conséquences n’aide d’ailleurs pas vraiment à s’y retrouver. Néanmoins, on finit par s’attacher à Dark Tide City et à une partie de ses personnages, au point de vouloir insister et relancer différentes branches de l’histoire pour explorer les différentes possibilités ou obtenir la meilleure fin, et ce, malgré une durée de vie plutôt généreuse pour le genre.
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