Point & Click Showcase novembre 2026
Démos et Merveilles
Murder Meet Cute
Prix du meilleur titre de ce showcase, Murder Meet Cute est un jeu d’aventure mélangeant VN et jeu d’interface, dans une ambiance années 90 à la résolution réussie. Amy, alias ChronicallyHeartless, est une jeune goth metalhead qui bosse de nuit dans une boutique de dépannage informatique et semble visiblement s’ennuyer ferme dans son patelin… ce qui va rapidement changer.
On a juste le temps, dans cette courte démo, de découvrir que l’on pourra fouiller dans les fichiers d’ordinateurs personnels, communiquer via Messenger et visiter des forums de discussion consacrés à des théories farfelues, à travers des interfaces reprenant Windows 95. Le titre possède une identité graphique forte, et j’apprécie surtout les photos des personnages lors des dialogues, avec leurs différentes poses et expressions, qui possèdent le parfait équilibre entre kitsch, cringe et hilarant. Et comme on semble se diriger tout droit vers une enquête sur des meurtres en série, vous vous doutez bien que je serai au rendez-vous pour la sortie du jeu complet.
Enoch
J’attends Enoch depuis un moment maintenant : un point & click classique français, dans un monde de science-fiction avec une forte ambiance detective noir. À bord de la station spatiale Enoch, on incarne l’inspectrice Arten Long, qui arrive sur une scène de crime particulièrement sanglante, ressemblant à un règlement de comptes entre gangs. On entre tout de suite dans l’intrigue. On est également immédiatement immergé dans l’ambiance de polar noir futuriste, grâce à un gros travail visuel et sonore sur les effets comme la pluie et l’orage, ainsi qu’à des dialogues souvent empreints d’une bonne dose de nihilisme.
L’écriture est de qualité dans cette démo, bien soutenue par des doublages dans le ton, et parvient même à glisser quelques touches d’humour noir qui font mouche, ce qui est de bon augure pour la suite. Petite remarque tout de même : on observe un léger délai entre chaque réplique, ce qui casse fréquemment le rythme des dialogues. C’est encore plus flagrant lors des interruptions de parole.
Le titre d’Evil Pug Games fait dans la simplicité avec un seul bouton d’action. On apprécie cependant que le curseur change de couleur lorsque l’on a épuisé toutes les possibilités d’interaction avec un point d’intérêt. Pour l’instant, le niveau de difficulté est plutôt abordable. À voir par la suite si le jeu maintient son focus sur la narration et l’immersion ou augmente un peu la difficulté des énigmes. Dans tous les cas, vivement que l’on puisse le découvrir pour de bon !
Shroud of Gloom
Jeu d’aventure à mi-chemin entre escape game et survival horror. Vous incarnez un détective enrôlé pour enquêter sur la disparition d’Edmund Sullivan en explorant son étrange manoir, dans une ambiance plus qu’inquiétante. Le titre arbore des graphismes quasi exclusivement en noir et blanc, à quelques exceptions près, et extrêmement simplistes. On est assez proche du style fil de fer des tout premiers dungeon crawlers, en plus détaillé tout de même. Le rendu est d’ailleurs plutôt intéressant, surtout grâce à sa gestion de la lumière. On peut en effet diriger le faisceau de notre lampe torche, qui n’éclaire directement qu’une partie de l’écran, renforçant ainsi la tension. La progression se fait pas à pas, en trouvant les bons objets et en les utilisant au bon endroit. Une démo qui m’a en tout cas énormément plu, et j’ai vraiment hâte de pouvoir y jouer davantage.
Secret Files: Tunguska – Remastered
Sorti en 2006, à une époque où le genre du point & click était grandement délaissé, à l’exception des studios allemands, Secret Files: Tunguska faisait partie des rares jeux qui parvenaient encore à voir le jour. S’il n’avait peut-être pas la maestria des classiques de l’âge d’or, il est tout de même parvenu à se forger une belle réputation auprès des joueurs et a eu droit à plusieurs suites. J’en ai moi-même de bons souvenirs, bien que ma mémoire me fasse grandement défaut. Mais ça tombe bien : Animation Arts nous propose de redécouvrir le titre dans une version remise au goût du jour avec ce remaster.
Le titre intriguait d’abord par le choix de l’événement exploré : la puissante explosion de Toungouska, survenue le 30 juin 1908 en Sibérie, qui a détruit environ 2 000 kilomètres carrés de forêt et donné lieu à de nombreuses légendes. On sera bien évidemment amené à découvrir la vérité vraie sur ces événements à travers l’aventure vécue par Nina, partie sur les traces de son père, un chercheur qui a mystérieusement disparu alors que son bureau a été retrouvé mis à sac.
La cinématique d’introduction donne le ton, et on peut déjà apprécier le joli lifting visuel fourni par l’équipe de développement. Le résultat est propre, en 16:9, et respecte le style si particulier des productions point & click de cette époque. Ce n’est ni le plus beau jeu du monde ni un titre qui plaira à tout le monde, mais il possède un charme unique qui fonctionne sur moi. On note tout de même une synchro labiale qui n’est pas vraiment synchro, justement. Pour le reste, rien de bien nouveau, si ce n’est qu’on a le droit à l’utilisation de la molette pour ouvrir et fermer l’inventaire à la volée, sans avoir besoin de passer par X-Mouse Button comme pour encore beaucoup de jeux récents ! Je suis en tout cas très curieux de me replonger dedans à sa sortie.
Hell Is Other People: Prologue
Voici certainement une œuvre particulièrement unique, qui ne laisse pas indifférent. Elle centre son propos sur la difficulté d’être différent de la majorité et donne un sens plus que littéral au genre de l’horreur psychologique, où, comme l’explique bien le dev Miss Self Destruct, l’anxiété, la paranoïa et l’obsession sont les véritables monstres.
« Je veux apprendre à devenir humain. »
« Mais tu es humain. »
« Non, je ne crois pas. Je suis cassée, mais ce n’est pas grave. Je vais me réparer. J’ai fait une liste, j’adore les listes. »
C’est sur ces mots, prononcés par une adorable jeune fille qui s’adresse à un chat peu rassurant dans un sublime décor, que commence le prologue. Hell Is Other People n’est pas le premier titre à parler de santé mentale, mais il le fait ici de façon particulièrement marquante, allant jusqu’à intégrer cette thématique à sa diégèse et à son game designProcessus de création et de mise au point des règles et autres éléments constitutifs d'un jeu. On comprend vite que l’objectif de notre protagoniste sera de réussir à imiter à la perfection le comportement humain. Pour cela, on va apprendre et pratiquer, par l’observation, des compétences sociales telles que la flatterie ou la culpabilisation, puis tenter de les utiliser sur les autres tout en gardant nos stats sous contrôle : Overwhelm, Paranoia et Dissociation. Leur augmentation entraîne des effets pour le moins indésirables.
C’est superbement réalisé et immersif, avec une sublime OST et des dessins faits à la main à couper le souffle. Reste à voir ce que ça donnera sur la durée, mais avec son côté incroyablement touchant, mignon et forcément triste, le jeu mérite d’être suivi.
Locator: The Search for Abigail Lidari
Toute l’histoire est dans le titre, ou presque. Vous êtes un cartographe du futur et on vous engage pour suivre les traces d’une exploratrice disparue. À partir de photos prises par Abigail et transmises automatiquement, ainsi que de différentes notes, vous devrez retracer ses pas en devinant sur la carte les coordonnées des lieux où les clichés ont été pris (imaginez GeoGuessr de l’espace).
Dans les faits, le jeu vérifie si les trois derniers marqueurs que l’on a placés sont corrects. Si c’est le cas, on débloque d’autres photos et documents, et ainsi de suite. Bien évidemment, il faudra de plus en plus se creuser les méninges et croiser les informations pour réussir à progresser. Heureusement, un système d’aide intégré est également présent.
L’univers est intrigant, les photos sont bien faites (le titre semble avoir amélioré ses graphismes depuis la dernière démo) et les petites cinématiques entre deux cartes permettent de nous immerger encore davantage dans l’histoire. À surveiller de près !
Lone Pine
Ce jeu d’aventure en pleine nature nous place aux commandes d’Izzie, partie dans les montagnes du parc national de Lone Pine pour tenter de photographier des espèces mystérieuses et inconnues, et si possible Bigfoot. Les décors peints à la main sont magnifiques et renforcent la sensation d’exploration au grand air. L’ambiance onirique et mystérieuse des lieux fonctionne bien, et cette démo laisse également entrevoir la présence d’éléments horrifiques.
Côté gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo., c’est classique pour le genre, et même très simpliste, se contentant de quelques combinaisons d’objets. Par contre, il est assez déconcertant que le titre conseille de jouer à la manette : s’il est possible de jouer à la souris, les déplacements se font tout de même au clavier, ce qui semble être une décision un peu étrange. Je note aussi quelques soucis qui, je l’espère, pourront être corrigés d’ici à la sortie, comme le manque d’animations globales et du personnage, ainsi que l’absence de mouvements des lèvres lors des dialogues. On peut également regretter les temps de chargement un peu trop longs au moindre changement d’écran. J’ai aussi eu la frustration de voir ma photo d’une étrange bestiole validée par le jeu alors que je n’avais réussi qu’à cadrer un bout de sa queue. Je reste tout de même intrigué par la suite des événements suggérés après cette fin de démo bien intrigante.
Ghost Haunting
Le bien nommé Three Headed Monkey Studios, sous l’égide de l’éditeur allemand Daedalic Entertainment, prépare un mignon point & click aux mécaniques classiques et au superbe pixel art. On suit les pérégrinations d’une jeune fille, sorte de Denis la Malice au féminin, qui semble être tombée dans la marmite de boisson énergisante quand elle était petite. L’humour espiègle est bien présent, si bien qu’on en vient à plaindre son pauvre grand-père, qui a la lourde tâche de la garder. Prometteur, à condition de pouvoir supporter le « petit » monstre dans une version complète !
The Dream Machine – The Definitive Edition
The Dream Machine est un point & click sorti sous forme épisodique en 2012, façonné à la main avec du carton et de l’argile. Cette Definitive Edition est l’occasion de lui donner un petit coup de polish visuel, de le sortir en version complète dans un nouveau moteur et d’y apporter quelques ajouts, dont de nouveaux lieux.
N’ayant pas joué à l’original, je ne pourrai pas vous proposer de comparaison directe, mais cette démo nous laisse goûter à un jeu particulièrement intrigant, aussi bien visuellement que par l’étrange ambiance qui s’en dégage. La musique nous donne immédiatement le sentiment que quelque chose d’étrange va se passer, alors que le jeune couple emménage dans un nouvel appartement et découvre une note bien mystérieuse laissée par l’ancien locataire. La fin de la démo ouvre en tout cas sur un événement surprenant qui me donne envie d’en découvrir davantage.





À l’occasion de la toute première édition du Point & ClickSous genre du jeu d'aventure graphique popularisé dans les années 80s/90s, généralement contrôlé à la souris. Showcase, qui se déroule du 2 au 9 novembre 2026 sur Steam et qui est organisée par Amanita Design et Rusty Lake, je ne pouvais décemment pas manquer cette occasion de vous préparer un article avec une petite sélection perso de recommandations. D’autant que ce sont plus de 185 jeux qui sont mis à l’honneur ici !
Au cours de l’écriture, je me suis fait la remarque que j’avais un peu l’impression de répéter que les jeux étaient visuellement beaux. Mais il faut dire que les titres du genre redoublent d’efforts pour se démarquer et, surtout, pour démontrer une identité propre, reconnaissable au premier coup d’œil. On en trouve en plus pour tous les goûts, avec des styles bien différents, que ce soit de la 3D déguisée, du désormais classique pixel art, de la peinture ou d’autres formes de 2D, et même du noir et blanc. Les artistes s’en donnent à cœur joie, et mes rétines les en remercient !