REPLACED, le bon et le mauvais cinematic platformer
On attendait ce REPLACED depuis un bon moment. Son trailer cinématique avait immédiatement marqué les esprits grâce à des visuels époustouflants dans un univers rétro cyberpunk particulièrement séduisant. Au point d’en faire oublier l’existence de The Last Night, présenté à l’E3 2017 et dont on attend toujours des nouvelles, avec lequel il partage énormément de similarités. Alors, le cinematic platformer de Sad Cat Studios l’a-t-il réellement remplacé comme le suggère son nom ? Et surtout, est-il à la hauteur des attentes suscitées ?
Plein les mirettes
Disons-le tout de suite : visuellement, REPLACED tient largement ses promesses. Le pixel art 3D permettant des effets de lumière, de particules et de reflets est saisissant et produit un rendu absolument somptueux en mouvement. Les captures d’écran rendent d’ailleurs assez mal justice au résultat final.
Tous ces effets ont un coût cependant, et le jeu peut avoir des difficultés à tourner de façon fluide sur les machines modestes. D’autant qu’il n’y a aucune option graphique pour améliorer ça, il faut alors se contenter de diminuer la résolution pour gagner des fps.
Difficile de nier le travail colossal réalisé sur l’ambiance qui est sans aucun doute l’attrait principal du titre. Le monde rétro cyberpunk dépeint y est particulièrement sombre et sinistre en restant assez classique sur le fond : une société totalitaire dirigée par une IA dénuée d’émotions, une population marginalisée surnommée disposals rejetée hors des murs de la mégalopole et utilisée comme matériau d’expérimentation.





La DA fait un excellent boulot pour retranscrire une dystopie cyberpunk crasseuse, avec mégastructures oppressantes, bidonvilles poisseux, salles de serveurs gigantesques, technologies rétrofuturistes inspirées des années 80… où se déroule d’ailleurs l’aventure.
Même constat du côté de la bande-son, excellente, souvent bien plus atmosphérique et planante que la synthwave à laquelle on pourrait s’attendre. Elle vient ici parfaitement embrasser l’ambiance voulue.
Le tout est sublimé par une mise en scène très cinématographique et omniprésente. REPLACED sait parfaitement déplacer sa caméra pour mettre en valeur un décor, accentuer une séquence d’action ou dynamiser ses combats et exécutions. L’introduction du jeu, véritable course-poursuite désespérée, reste d’ailleurs un excellent résumé de ce qu’il réussit le mieux. Et c’est probablement ce qui vous donnera envie de continuer.
Oui, car pour le reste, tout n’est pas aussi irréprochable.
Plein la poire
Mais commençons par la base. Dans les grandes lignes, REPLACED est un cinematic platformer à la manière de Inside ou Little Nightmares, mélangeant plateforme, infiltration légère, puzzles et séquences scriptées. Mais le jeu ajoute également à la recette une composante combat beaucoup plus présente qu’attendu.



Les affrontements se déroulent dans de petites arènes, un écran, et reprennent très clairement la formule des Batman: Arkham Asylum : contres sur indicateur jaune, esquives sur indicateur rouge, gestion des priorités entre ennemis à distance et combattants rapprochés.
Certains adversaires portent des armures qu’il faut détruire avec une arme spécifique avant de pouvoir les maraver, d’autres utilisent des armes à feu qu’il devient possible de renvoyer avec un bon timing une fois certaines capacités débloquées dans un mouvement assez jouissif. Votre personnage, lui, combat principalement au corps à corps jusqu’à accumuler suffisamment d’énergie pour tirer une balle dévastatrice ou déclencher une exécution particulièrement classe.

Paradoxalement, c’est probablement la partie du gameplayOu « jouabilité » en français, fait référence à la façon dont le joueur interagit avec un jeu vidéo. la plus satisfaisante du jeu. Lorsqu’on parvient à enchaîner correctement les actions, les combats deviennent réellement plaisants. Néanmoins, les contrôles sont lourds, rigides et parfois peu réactifs. On finit régulièrement par rater une action simplement parce que le personnage ne répond pas exactement comme attendu. Attendez-vous donc à pester assez fréquemment.
Concernant la partie plateforme et exploration, c’est une autre paire de manches.
S’armer de patience
La lourdeur de la maniabilité devient beaucoup plus problématique durant ces séquences tant chaque saut semble pesant et méthodique. C’est bien simple, j’avais parfois l’impression de jouer à Prince of Persia. L’original hein, pas ceux en 3D.
La plateforme s’apparente davantage à un puzzle où il faut comprendre le bon enchaînement de mouvements plutôt que comme quelque chose de fluide.



Autre souci, les environnements sont souvent très sombres ou visuellement chargés, ce qui nuit énormément à la lisibilité. On se lance donc fréquemment au petit bonheur la chance sans toujours savoir précisément où l’on va atterrir. Fort heureusement, les checkpoints sont extrêmement généreux, Sans eux, il est fort à parier que de nombreux joueurs auraient purement et simplement abandonné.
Pour varier les plaisirs, le jeu tente bien d’introduire quelques mécaniques avec une pioche servant de point d’ancrage ou des doubles sauts contextuels utilisant l’arme du personnage, mais cela ne suffit jamais vraiment à corriger les défauts de fond.
Ces séquences cassent définitivement le rythme et certaines paraissent durer bien trop longtemps, surtout quand l’on doit recommencer le même saut en boucle à cause d’un accrochage imprécis.
Et malheureusement, ce problème de rythme ne concerne pas uniquement la plateforme.
Passé son excellent prologue, déjà aperçu dans la démo, le jeu ralentit brutalement. L’aventure nous emmène alors dans un vaste bidonville où l’on enchaîne dialogues et petites quêtes secondaires assez peu passionnantes : apporter un objet à l’autre bout de la ville, jouer à des mini-jeux inspirés de Frogger ou Space Invaders, etc. Certes, ces passages servent à développer le loreReprésente l'histoire et les traditions autour d’un univers de fiction, ne constituant pas l’intrigue principale d’une œuvre., les personnages et les enjeux du monde, mais ils s’étirent beaucoup trop longtemps avant que l’on ne puisse enfin retourner à la suite de l’aventure.
(RE)PLACED-holder





Quant à l’histoire, me direz-vous. Eh bien celle-ci reste sur des thèmes classiques du genre. Vous incarnez Warren… ou plutôt son corps. Après un incident provoquant une défaillance des serveurs centraux, l’IA R.E.A.C.H. trouve refuge dans le cerveau de son créateur et prend le contrôle de son enveloppe physique. Son objectif devient alors de retrouver un moyen de rejoindre le réseau afin de libérer Warren. Rien de particulièrement révolutionnaire donc, mais la narration fonctionne bien et certains moments sont réellement réussis grâce à l’excellente mise en scène du titre.





