The Temple of Elemental Evil se paye une ressortie à peine retouchée
En 1985, Gary Gygax, le créateur de Donjons et Dragons sort une campagne pour le jeu de rôle sur table, nommée “Le Temple du Mal Elémentaire” (The Temple of Elemental Evil) dans laquelle un groupe d’aventuriers doit, euh, aller explorer et tabasser toutes sortes de monstres autour et dans un vieux temple soi-disant abandonné. Le côté très technique et censément axé sur le combat et la tactique rendant cette campagne très vidéo-gamo-compatible, une adaptation a été créée par Troika Games (leur deuxième et avant dernier jeu) en 2003. Dans la lignée des jeux de l’équipe Black Isle, puis Troika, il était malheureusement sorti un poil vite et était farci de bugs, ce qui n’a pas empêché le jeu de connaître un succès assez tardif et relatif grâce au talent incroyable de quelques modders mettant la main à la pâte afin de terminer ce que Troika n’avait pas pu faire. Et nous voilà, 22 ans plus tard, devant cette ressortie du jeu qui n’est en fait rien d’autre que le jeu de 2003 mais qu’on peut lancer, disons directement sans bugs et sans se fader plusieurs téléchargements sur moddb ou d’autres endroits cachés dont l’internet est encore un peu friand. La question est : cela en valait-il la peine ?
Toujours pas d’élémenthal de fromage
Déjà en 2003, avec les bugs et tout, j’avais trouvé le jeu un peu ardu, les combats sont âpres et les victoires coûtent effroyablement cher. Le jeu suit strictement les règles de Donjons et Dragons 3.5, et s’y aventurer sans connaître ne serait-ce que le moindre fonctionnement de la magie ou des types d’action de combat, des effets secondaires etc., est une erreur qui se paye cher. Dès la création du personnage, il faudra savoir ce que l’on fait et comment faire le groupe le plus équilibré qui soit, car le jeu n’aidera pas vraiment à s’en sortir. Alors on peut toujours se pencher sur le manuel qui explique les règles mais bon c’est un pdf de plus de 100 pages alors accrochez-vous à votre slip. On va dire que la courbe d’apprentissage est verticale sans exagérer. De fait, tenter de s’extirper des diverses embuscades, embûches et affrontements n’est pas une chose facile, déjà quand on maîtrise à peu près les règles, alors en y allant la fleur à l’arbalète en se disant que “c’est bon, j’ai fait Baldur’s Gate 3, ça va bien se passer” on risque de se taper un vilain mur de difficulté (et qui n’est semble-t-il pas franchement aidé par un aléatoire vaguement en défaveur des joueurs). Bon ben on aurait pu penser que ressortir le jeu s’accompagnerait d’un peu d’aide contextuelle ou d’une courbe d’apprentissage un peu plus lisse, disons, mais non, il est possible de crever bêtement dans la ruelle censée lancer le début de l’aventure.



Bon enfin, mettons qu’on se donne un bon coup de pied aux fesses et qu’on apprenne les règles du jeu, les effets, les postures, les actions, le fait qu’un sorcier et un magicien utilisent la même liste de sorts mais qu’ils se rechargent différemment, qu’un objet magique doive être identifié au préalable (avec un fort taux d’échec quand on le fait soi-même), les différentes monnaies, etc, pour se retrouver finalement dans une aventure un peu basique. Je vous résume le truc : les héros doivent trouver les méchants et leur casser la figure suffisamment fort pour qu’ils n’aient plus envie de revenir avant 66 ans. Voilà. C’est tout, mais en même temps, c’est une aventure sur table de 1985 (40 ans, bon sang, il y en a eu de l’évolution de Game Design depuis !) et ça suffisait à l’époque peut-être, c’était du porte-monstre-trésor vaguement plus élaboré. Après il faut reconnaître que le jeu offre un challenge tactique corsé, et que rien que cela pourrait être suffisant vis-à-vis de l’aventure proposée, mais s’y plonger sans connaître les règles un peu absconses qui le régissent est la voie royale vers une certaine forme de frustration.
Maintenant si vous connaissez déjà les règles de D&D 3.5 sur le bout des doigts, ma foi, pourquoi ne pas tenter l’aventure ?

Côté technique, on est face à un jeu de 2003, malheureusement, la ressortie ne fait pas vraiment d’effort pour adapter le jeu à un affichage qui est considéré comme raisonnable aujourd’hui. Si vous le lancez en fenêtré, sur un écran 2k ou 4k, armez-vous d’une loupe, les textes seront indéchiffrables. L’interface reste désespérément adaptée au 1024*768 qui était encore la définition la plus répandue à l’époque. Sinon, bon ben c’est plutôt joli et détaillé, on retrouve des décors en 3D isométrique à la Baldur’s Gate ou Arcanum, où les petits bonhommes se déplacent librement, quoiqu’un peu trop lentement, heureusement qu’on débloque assez rapidement un voyage éclair. L’inventaire et l’équipement sont abominables mais l’interface de combat avec un menu radial est une bonne idée.




